Au Royaume-Uni, les 70.000 chauffeurs d'Uber sont désormais des travailleurs salariés

Olivier Sancerre

Uber avait perdu une bataille juridique outre Manche : la plateforme a donc décidé de basculer tous ses chauffeurs britanniques au statut de « travailleur salarié ». Un changement profond pour l'entreprise, qui pourrait faire tache d'huile ailleurs en Europe.

Uber change de modèle
Uber a cédé. Après avoir bâti son empire avec des travailleurs indépendants, la plateforme offre à ses 70.000 chauffeurs du Royaume-Uni le statut de « travailleur salarié ». Ils bénéficient désormais de congés payés, d'un plan d'épargne retraite abondé par le groupe, ainsi que du salaire minimum. Celui-ci est de 8,72 livres de l'heure, mais les conducteurs affiliés touchent en moyenne 14 livres de l'heure (17 livres à Londres). Uber n'est pas allé jusqu'à proposer le statut de salarié (« employees »), plus classique et protecteur. Néanmoins, c'est un changement de taille pour le groupe.

Au mois de février, Uber perdait une bataille juridique devant la Cour suprême britannique, saisie par des chauffeurs désireux d'obtenir un meilleur statut que celui de travailleurs indépendants. Ces derniers estimaient travailler sous le contrôle d'Uber. Pour éviter une cascade de procès, Uber a donc fait le pari de transformer en profondeur son modèle économique, alors que l'entreprise est toujours déficitaire. Pour autant, pas question d'augmenter le prix des courses : le marché anglais, en particulier à Londres, est extrêmement concurrentiel. C'est donc Uber qui prend en charge cette hausse des coûts.

Concurrence entre plateformes
Pour Jamie Heywood, directeur de l'entreprise pour l'Europe du Nord et de l'Est, « Uber n'est qu'une partie du secteur des réservations de voitures et nous espérons que d'autres opérateurs nous rejoindront pour améliorer les conditions de travail de ces travailleurs qui sont essentiels dans nos vies de tous les jours ». La décision pourrait en effet avoir un impact important pour les autres groupes qui exploitent des travailleurs indépendants (par exemple dans le secteur de la livraison à domicile).

Ailleurs en Europe aussi, ce changement va être scruté de près. Plusieurs justices dans d'autres pays ont donné raison à des chauffeurs voulant devenir salarié d'Uber, comme en France l'an dernier. Désormais, Uber va regarder marché par marché comment améliorer le sort de ses chauffeurs qui sont aussi courtisés par d'autres plateformes.